

Figure majeure de la musique contemporaine, le natif de Baltimore (Maryland) en 1937 a réussi l’exploit de construir des ponts entre musique savante et culture populaire.
Il passe son enfance et grandit dans l’arrière-boutique du magasin de disques de son père. Avec une telle pléthore de microsillons à portée de main, encore en culottes courtes, il découvre aussi bien Jean-Sébastien Bach que Carlie Parker, John Coltrane et les musiques du monde avec notamment Ravi Shankar. Cette curiosité précoce deviendra d’ailleurs la colonne vertébrale d’une œuvre qui refuse les frontières.
Formé à la Juilliard School puis à Paris auprès de la légendaire Nadia Boulanger, Glass rompt avec l’académisme dominant de l’après-guerre. Influencé par la musique indienne, il développe un langage musical fondé sur la répétition, les cycles et les transformations progressives. Si on le considère parfois comme le pape du minimalisme, il a toujours cette étiquette trop restricytive à ses yeux.
Dans les années 1970, il fonde le Philip Glass Ensemble (qui continue à donner des concerts mais sans lui) en jouant le plus souvent dans des galeries d’art et des lieux culturels alternatifs. Pas de quoi remplir sa gamelle tous les jours, il gagne donc sa vie comme chauffeur de taxi ou comme plombier. Et n’en a jamais éprouvé aucune honte.
La reconnaissance internationale arrive avec l’opéra (d’un nouveau genre) « Einstein On The Beach » (1976), collaboration radicale avec le metteur en scène Robert Wilson. L’œuvre marque un tournant car, contrairement aux oeuvres classiques, elle ne comporte ni intrigue linéaire, ni narration traditionnelle. Dans les années qui suivent, il alterne d’autres opéras (« Satyagraha », « Akhnaten »), des symphonies (très politique sa n°6 inspirée par un poème d’Allen Ginsberg porte le titre de Pltonian Ode) mais aussi de musiques de films qu’il prend souvent plaisir à jouer dans des salles dédiées à l’opéra (« Koyaanisqatsi »). Avec une forme de gourmandise pour la découverte d’autres univers, avec la bénédiction de David Bowie, il s’inspire de « Low » et de « Heroes » pour deux de ses symphonies en 1992 et 1996. En 2006, il met en musique les textes de « Book Of Longing », un recueil de poésies écrits par Leonard Cohen.
Bientôt nonagénaire, il continue de noircir des feuillets avec une énergie qui semble intacte. Apr!s que sa treizième symphonie ait rendu hommage au journaliste Ptet Jenkinx En 2022, la quatorzième a récemment été mise à disposition sur son site Internet. Quant à la première de sa seizième création symphonies en a demandé l’annulation au Kennedy Center auquel Donald Trump a imposé l’adjonction de son patronyme. Du haut de ses 89 ans, Philip Glass est donc bien décidé à ne pas s’en laisser conter par un président américain narcissique aux détestables penchants autoritaires.
(Stéphane Soupart - Photo: © Etienne Tordoir)
Photo: Philp Glass devant son piano avant un concert à la salle Reine Elizabeth d’Anvers (Belgique) en 1986





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