

Phil Manzanera a vu le jour en 1951 à Londres et a préféré le nom de samare d’origine colombienne à celui de son père. Son nom est indéfectiblement lié à l’histoire de Roxy Music, un groupe majeur de l’histoire du rock (arty) britannique.
Suivant les affectations successives de son père, travaillant pour la défunte compagnie aérienne B.O.A.C., il grandit entre Hawaï, la Colomboe, le Venezuela et Cuba. Rien de tel pour ouvrir l’esprit à des saveurs culturelles et musicales différentes. C’est sur l’île alors sous la férule du dictateur Batista qu’il empoigne sa première guitare, espagnole évidemment, à l’âge de six ans. Il apprendra la musique en tentant de s’approprier les airs du folklore cubain puis ceux de la révolution castriste. Quelques années plus tard, suivant les pérégrinations de son paternel en Amérique latine, il s’intéresse autant au merengue local qu’aux premiers soubresauts du rock’n roll. Cet éclectisme naturel se retrouve imperceptiblement dans ce jeu particulier qu’il échafaude patiemment. Pas de soli tapageurs chez lui mais des interventions possiblement discrètes mais essentielles qui, comme la voix de Bryan Ferry, les claviers de Brian Eno et le saxophone de Andy MacKay, s’entendent dès "Virginia Plain", le premier 45t de Roxy Music sorti en 1972. Au total, il a passé une vingtaine d’années au sein de ce groupe devenu mythique…
En un peu plus de deux ans, jusqu’au départ de Brian Eno en 1973, Roxy Music construit une architecture sonore complexe et même artistiquement improbable. Du premier album éponyme à « Stranded » en novembre 1973, on retrouve un chapelet de succès, comme "Virginia Plain", "Pyjamarama" ou "Street Life" qui semblent repousser sans effort les frontières de la musique pop. Et la guitare de Manzanera se taille parfois la part du lion comme sur "Strictly Confidential".
Un peu à l’instar de Robert Fripp en parallèle de son groupe King Crimson, Mananera développe une carrière solo pléthorique, discrète mais toujours audacieuse. Il flirte, une évidence pour lui, avec le rock progressif mais aussi l’ambient et des musiques expérimentales parfois abruptes. Il a enregistré au moins quinze albums studio même si le dernier semble remonter à 2015. En 1992, il a aussi retrouvé Cuba et une morceau de sa tendre enfance pour un concert avec Grupo Moncada au Karl Marx Theatre de La Havana. Un disque en offre le témoignage. Depuis toujours et plus encore depuis met l’accent sur des collaborations. A plusieurs repris avec Andy Mackay, le saxophoniste de Roxy Music, a!nsi qu’aux côtés de Tim Finn (Crowded House) dont il avait déjà produit un album du premier groupe de celui-ci, Split Enz, en 1976. Car, Phil Manzanera est fidèle en amitié et ce n’est pas là une de ses moindres qualités. On le retrouve aussi aux côtés de David Gilmour, un autre grand guitariste anglais, pour ses albums personnels « On An Island » (2006) et « Rattle That Lock » (2015) ainsi que pour le dernier chapitre de Pink Floyd « The Endless River » (2014). Il a aussi apporté ses lumières à de nombreux artistes latino-américains comme Heroes del Silencio ou Monica Naranjo. Vous le voyez, Phil Manzanera refuse d’être enfermé dans un genre musical trop étriqué à son goût…
(Stéphane Soupart - Photo.: © Etienne Tordoir)
Photo: Phil Manzanera avec Roxy Music sur la scène de Forest-National à Bruxelles (Belgique) le 10 septembre 1982





Liens Rapides