

Mark Hollis a vu le jouren 1955 à Londres dans le quartier de Tottenham et nous a quitté bien trop tôt en février 2019
Si il reste avant tout célébré, adulé même par certains, pour son travail au sein de Talk Talk, un quatuor de art pop avant-gardiste dont il était l’indiscutable tête pensante, Mark Hollis a néanmoins vécu ses premières émotions dans un tout autre genre musical. Dans une interview inédite de 1998, il rappelle que « jusqu’à l’émergence du punk, je n’aurais jamais jamais imaginé pouvoir un jour signer un contrat discographique car je me pensais incapable de jouer correctement». Avec l’ai de son frère aîné, un temps manager de Eddie & The Hot Rods, son premier groupe éphémère rend hommage au pub rock, un genre musical pour lequel le chanteur éprouvait un réel intérêt. The Reaction n’a jamais sorti de disque sous son nom mais une de leurs démos atterrit néanmoins sur une compilation à coloration punk intitulée "Streets". Elle portait le titre de "Talk Talk Talk Talk", ébauche débridée qui donnera non seulement son nom à Talk Talk mais aussi au deuxième single du groupe devenant progressivement l’hymne que l’on sait (trop pop cependant au goût de Hollis).
Au début des années 1980, Hollis fonde Talk Talk avec le claviériste Simon Brenner, le bassiste Paul Webb et le batteur Lee Harris. Dès son premier album "The Party’s Over", le groupe connaît un succès non négligeable un peu partout en Europe et jusqu’en Nouvelle-Zélande ! Deux ans plus tard, "It’s My Life" (1984) confirme à la fois le succès commercial du groupe avec des titres comme la plage titulairen ou "Such A Shame" mais aussi la volonté de Hollis de s’écarter d’une pop trop facile à ses yeux. On décèle déjà cette volonté de débroussailler les terrains plus aventureux sur Does Caroline Know ? Ou Renee, des morceaux qui exigent plus d’espace que les 3 minutes 30 d’une simple ritournelle pop.
À partir de "The Colour Of Spring" (1986), Mark Hollis amorce une transformation artistique radicale et, à l’instar de Don Quichotte face aux moulins, s’engage également dans un bras de fer contre l’industrie pour conserver, développer et affiner son inventivité mélodique. Si "The Colours Of Spring" atteint néanmoins la première place des ventes aux Pays-Bas, Talk Talk abandonne progressivement -et sans regret- le sommet des hit-parades pour gagner dans la foulée l’indéfectible fidèlité d’aficionados qui pleurent toujours le départ du musicien.
En 1988, "The Spirit Of Eden" et ses six longues mélopées d’une indicible beauté comme Rainbow marquant la rupture avec leur label. Trois ans plus tard, le label Verve au catalogue jazz historiquement ambitieux offre un refuge à "Laughing Stock" (1991), une oeuvre parfois difficile d’accès dans lequel les mélodies se métamorphosent en textures sonores et où les silences se muent en contrepoints essentiels. "Laughing Stock" sera le chant du cygne du groupe.
Après la séparation, Mark Hollis se retire largement de la vie publique. Ermite autant qu’alchimiste des sons, il ne donnera qu’un seul signe tangible de ses expérimentations avec un album éponyme en 1998. Volontairement effacé, Mark Hollis joue du piano ou d’autres instruments sur quelques rares collaborations notamment avec Anja Garbarek, fille du célèbre saxophoniste de jazz Jan Garbarek (2001) ou Unkle . Quand il ne choisit pas un pseudonyme (vite démasqué), il demande que son nom soit enlevé des crédits. A partir de la fin des années 90, il choisit donc de se consacrer à sa vie familiale d’abord à Wimbledon non loin de Londres puis dans le Sussex. Il s’est éteint le 25 février 2019 des suites d’un cancer à l’âge de 64 ans.
(Stéphane Soupart - Photo: © Etienne Tordoir)
Photo: Mark Hollis à Cologne (Allemagne) le 30 mai 1986 pour la promotion de l’album "The Colour Of Spring"






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