

Aaron Joseph Neville a vu le jour en 1941 en Louisiane, au cœur d’une des villes américaines les plus riches musicalement des États‑Unis.
Entre gospel et soul, sa voix suave et envoûtante a longtemps été le socle des Neville Brothers, le groupe qu’il a fondé et magnifié avec quatre de ses frères. Par delà les générations, son Tell It Like It Is en 1966 a trôné en tête des ventes aux Etats-Unis et reste un marqueur jusqu’à nos jours.
Vous l’aurez compris, Aaron Neville grandit dans une famille nombreuse, six marmots dont une seule fille, dans laquelle la musique est omniprésente. L’univers musical dans lequeils sont biberonnés est aussi épicé que leur sang mêlé avec des racines afro-américaines bien entendu mais aussi un peu de sang indien (de la tribu Chocktaw). Difficile de faire plus métissé au pays de l’Oncle Sam…
Dans une interview, il décrit ces origines avec un certain humour et une de fierté : « Nous avons du sang amérindien en nous… ma arrière‑grand‑mère venait de l’île de la Martinique. Ils se sont installés à Convent, en Louisiane, puis ont rencontré des Indiens d’Amérique. Donc nous sommes à la fois Africains, Amérindiens, et d’autres choses encore ». N’en déplaise à Donald Trump, ce sot justement toutes ces composantes qui ont fait (et continuent de construire ce grand pays…
Aaron Neville passe toute son enfance dans le quartier populaire des Calliope Projects, un quartier populaire de logements sociaux dans l’ouest de s la grande ville sur les rives du Mississippi. Situés à environ 5 kilomètres à vol d’oiseau de chez eux; les bars et clubs de Bourbon Street dans le quartier français étaient sans doute vus par leurs parents à la fois comme un lieu de perdition et le centre névralgique de la musique. Des artistes aussi différents que Professor Longhair ou Dr John y ont construit leur réputation. Quand il a débuté sa carrière en solitaire dans les années 60, Aaron a joué à de multiples reprises dans le quartier français mais à l’avènement du groupe familial en 1977, le lieu était déjà devenu un allant à touristes plutôt qu’un haut lieu de création musicale.
Bien avant d’enregistrer Over You, un premier 45t en 1960, Aaron se souvient avoir souvent utilisé sa voix pour obtenir ce qu’il ne pouvait s’offrir par manque d’argent: « Je chantais souvent pour entrer dans les cinémas ou assister aux matchs de basket. Je pensais que j’étais Nat King Cole à l’époque . Rien moins ! Alors je chantais son tube Mona Lissa et souvent ils me laissaient entrer » , Dans un autre entretien pour la radio publique américaine, NPR, il se souvient de cette enfance sans le sou mais néanmoins terriblement heureuse: « Si nous étions pauvres, nous ne le savions pas car on n’a pas vraiment envie de manger ce qu’on a jamais vu, ni même goûté. On fabriquait nos propres jouets et on était heureux avec quelques billes en poche ».
Très pratiquant et aujourd’hui âgé de 85 ans a toujours possédé un côté mystique derrièreère ses muscles saillants et ses nombreux tatouages (notamment cette croix sur sa joue depuis l’adolescence): « Lorsque je dois affronter un mauvais moment, je me répète souvent la même prière: Et je sais que tant de fois, le Seigneur était là. J’ai vu Ses empreintes dans le sable ». Nul doute qu’elle lui a servi de baume au coeur notamment après le passage de l’ouragan Katrina sur sa ville natale en août 2005.
Après avoir donné ma parole à Aaron Neville, il est grand temps d’écouter sa voix d’or en solo avec "Warm Your Heart" (1991) ou aux côtés de ses frères avec "Yellow Moon" (1989); « Sans Art, Charles, Cyril et Ivan, je ne serais jamais arrivé où je suis aujourd’hui. Ils m’ont donné cette chance de devenir vraiment moi-même ».
(Stéphane Soupart - Photo: © Etienne Tordoir)
Photo: Aaron Neville avec The Neville Brothers sur la scène de l’Ancienne Belgique à Bruxelles (Belgique) en octobre 1989






Liens Rapides