

Mazda n’a pas hésité à demander de l’aide au Chinois Changan pour développer sa berline électrique 6e. Un raccourci pour gagner du temps et rattraper le temps perdu. Esthétiquement, la 6e est une vraie Mazda, avec de la personnalité. À bord, l’ergonomie et l’électronique de bord trahissent les origines moins nipponnes.

Pour prendre le volant de la Mazda 6e, il est essentiel de se créer un profil. Sinon, la voiture vous demander à chaque fois de faire défiler 2 écrans à valider avant de pouvoir faire fonctionner le système d’infodivertissement. Une interface indispensable pour de nombreuses fonctions, dont le réglage des rétroviseurs. Ou pour personnaliser les deux boutons étoiles sur le volant. On vous conseille d’en réserver un pour les essuie-glace. Car – et oui ! – il n’y a pas de commodo pour la danse des balais. Pas de bouton pour les phares ou les feux antibrouillard non plus. Pour ces derniers, j’ai opté pour un raccourci au bas de l’écran.

De plus, les traductions sur les menus sont parfois étranges. Ainsi, pour enregistrer la position du siège, il faut « Économiser ». Cette approximation sur certains termes nous a créé un souci dès le début. Comment changer la langue vers le français ? D’autant que même en néerlandais, la terminologie était approximative. En s’aidant du manuel de l’utilisateur dans chaque langue, on a réussi à s’y retrouver dans ce labyrinthe linguistique.

Mazda nous a indiqué qu’un update du logiciel est bientôt prévu pour réparer cela. Une mise à jour – ou plutôt un « sur rencard » si on traduit comme la marque japonaise – bienvenue. D’autant qu’un autre bug a été agaçant. La navigation via Google Maps perdait parfois la voix. Et malgré un check des paramètres de la voiture, d’Android Auto et du smartphone, cela partait, puis revenait sans qu’on y comprenne grand-chose.

Longue autonomie ou charge rapide
Ces couacs informatiques devraient être résolus d’ici peu. En attendant, penchons-nous sur la motorisation électrique. La 6e entre nos mains était la version Long Range avec un moteur de 245 ch (180 kW) et 320 Nm alimenté par une batterie NMH de 80 kWh (75 kWh utiles). De quoi assurer une autonomie WLTP de 552 km. Dans la douceur hivernale, notre rayon d’action était plutôt de 440 km, en abusant des autoroutes. Le contrat est rempli de ce point de vue. Après avoir roulé un bon 180 km, nous avons chargé la longue berline de 4,92 m. Pour passer de 40 % à 79 %, la charge a pris 29 minutes. Avec un pic à son maximum à 90 kW au début, avant de descendre à 54 kW, avec une moyenne à 71 kW.

Bizarrement, la plateforme EPA de Changan limite la vitesse de charge DC à 90 kW pour la grande batterie. C’est dommage, car après cette pause, on se dit qu’elle aurait sans doute pu faire mieux vu qu’elle atteint cette balise dès le début de la recharge ! Ce qui fait qu’avoir une longue autonomie est finalement pénalisé à la borne. Alors que la version avec la batterie LFP de 68,8 kWh accepte 165 kW max à cet exercice, avec une autonomie WLTP de 479 km. En prime, son moteur développe 258 ch (190 kW). Étrange comme stratégie ! Pourtant, Mazda assume cette dichotomie, laissant le choix au client en fonction de ses besoins. D'autant plus que la batterie LFP est plus sensible au froid que la NMC.

Trop de tactiles
Tout cela est bien compliqué, tout comme l’ergonomie singée sur les voitures chinoises. L’absence de commodo pour les phares et les essuie-glace sont un non-sens. Surtout que la dalle de l’écran tactile est parfois rétive. Scénario : vous roulez sur l’autoroute quand vous apercevez un banc de brouillard. Au lieu de simplement tourner des commandes physiques, il faudra aller sur l’écran, via des menus ou (plus intelligemment) via un raccourci. De quoi quitter les yeux de la route alors qu’il est possible que certains se mettent à freiner devant vous face au mur de brume. Et les warnings ? Il y a bouton, ouf, mais sur le plafonnier.

Rattrapage
Ces fantaisies entachent le plaisir pris au volant de la Mazda 6e. Car la maison d’Hiroshima a non seulement gardé la main sur le style élancé de la berline, mais aussi sur les réglages du châssis. Et là, on est mieux. La suspension est classique, sans assistance pneumatique. Malgré l’installation du moteur à l’arrière, entraînant l’essieu postérieur, la voiture garde un bel équilibre. Elle sait rester entre les lignes tout en offrant un tempérament sain et confortable, avec la juste fermeté. Un aileron rétractable sur le hayon apporte aussi un zeste de sportivité tout en améliorant l'aérodynamique.

Le mode Sport apporte un peu plus de peps à la 6e, notamment en accélération. Toutefois, elle n’est pas du genre à s'agiter sans raison pour mettre l’arrière de travers. Une voiture qui se laisse mener dans un duo tout en symbiose. Mais une nouvelle fois, les gènes chinois imposent de supporter des aides à la conduite très intrusives. Pour les couper, il faut appuyer sur le logo voiture de l’écran, puis aller dans le menu de la conduite intelligente et appuyer sur les blocs ad hoc pour les désactiver. Dans le même ordre d’idée, l’absence de palettes pour la régénération n’invite pas à la moduler. Bon, les freins sont bons !

Pour les passagers, l’espace habitable est largement suffisant. Il y a aussi de nombreux espaces de rangement, de taille généreuse. En outre, la qualité perçue est conforme au soin habituel de Mazda. La pompe à chaleur évite de devoir se freiner sur la climatisation, confort dont bénéficient aussi les passagers arrière avec la possibilité de régler la température pour la 2e rangée. L’ambiance à bord peut être modulée avec un éclairage réagissant à la musique. À condition que la radio DAB veuille bien fonctionner. Encore une maladie typiquement chinoise :(.

Selfie
Le conducteur a droit à un système d’enceinte dans son appui-tête. Il peut diffuser les instructions de la navigation (intégrée) sans gêner les autres occupants. Il est également là pour recevoir les appels du téléphone. Mais le micro fonctionne un peu moins bien qu’en envoyant la conversation sur les haut-parleurs Sony de la voiture. Ils sont au nombre de 14. Vous voulez un selfie de l’ambiance à bord ? C’est très simple, vous faites V avec vos doigts devant la caméra installée près du rétroviseur central et la voiture vous prendra en photo, même en conduisant. Indispensablement inutile. Mais forcément rigolo, surtout à l'arrêt.

Plus prosaïquement, la Mazda 6e dispose d’un coffre avec hayon électrique offrant un volume de 456 l. Les dossiers de la banquette peuvent se rabattre en 60/40 pour atteindre 1074 l de chargement. Il y a un bonus sous le capot avant : le frunk. Celui-ci dispose de 72 l. On peut donc y placer sans difficulté le câble, mais aussi un sac ou les petites courses avant de rentrer à la maison (pendant que la voiture charge).

Les prix
En soi Mazda, joue la carte du presque tout. Les sièges sont chauffants et ventilés, le toit est panoramique, la climatisation est automatique avec pompe à chaleur, les sièges sont en cuir végan, l’affichage à tête haute est présent, etc. Une Mazda 6e Long Range coûte 45.290 € TVAC en Belgique (janvier 2026). Quant à la version « de base » avec la petite batterie (qui charge plus vite), il faut débourser au moins 42.890 €.

Le V2L pour brancher un appareil électrique au port de charge de la voiture est une option (120 €), tout comme le pare-soleil pour le toit panoramique (250 €). Elles n’étaient pas présentes dans la Mazda 6e Takumi essayée. Avec sa couleur rouge à 1200 €, et quelques accessoires, comme la boîte de protection du frunk et le film de protection sur les seuils de porte et le bouclier arrière (435 € au total), il faut compter 46.925 € en Belgique, en janvier 2026 (hors promos Salon). Notez que la différence entre les finitions Takumi et Takumi Plus se résument à des différences de sellerie (cuir Nappa) et au pare-soleil électrique.

Au Luxembourg, la Mazda 6e Long Range Takumi comme ici, coûte 45.436 €. En France, il faudra compter 47.812 € au comptant, mais avec des sièges beiges. En Suisse, 49.251 CHF pour la même configuration qu’en France.

Verdict
La Mazda 6e est une berline électrique confortable. Elle est même amusante à mener. Jusqu’à ce qu’il faille passer par l’écran pour des fonctions pourtant essentielles. C’est dommage, cette tradition chinoise pour la Japonaise. Car elle a vraiment du charme et un tempérament aguicheur. De plus, l’offre de série est quasi complète. Certes, la version Long Range manque de puissance en borne rapide.

Dès lors, autant se rabattre sur l’autre version, moins chère et à peine moins performante sur les longs trajets. Surtout qu’en plus, elle offre quelques chevaux supplémentaires au moteur arrière. On finira là-dessus : la Mazda 6e est une propulsion. Mais une propulsion bien réglée pour le plaisir de conduire.

(Olivier Duquesne – Source : Mazda – Photos : © Olivier Duquesne)







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