

Claudia Brücken a vu le jour en 1963 à Düsseldorf (Allemagne), ville qui a vu s’épanouir Kraftwerk et la Neue Deutsche Welle. C’est loin d’être anodin…
Lorsqu’elle rejoint Propaganda en 1982, Claudia Brücken n’est pas à proprement parler une novice même si on connaît toujours peu de choses de ses premières expériences sur la scène locale. On sait simplement que, dans sa famille, les arts visuels les plus pointus côtoyaient un environnement sonore industriel dans la mouvance des Einsturzende Neubauten de Blixa Bargeld. A force de fréquenter le Ratinger Hot à l’adolescence, épicentre des arts alternatifs dans sa ville natale, elle développe naturellement un intérêt pour l’avant-garde sous toutes ses facettes. «Je n’ai jamais pensé à la musique comme quelque chose de décoratif, seulement joli et agréable» expliquera-t-elle plus tard. «À Düsseldorf, nous avions l’ipression que chaque son pouvait être une déclaration artistique majeure. C’est ce qui m’a attirée vers Propaganda».
Lorsque le groupe signe sur le label anglais ZTT (pour Zang Tumb Tuum) fondé notamment par Trevor Horn ‘The Bugles) et le journaliste du "New Musical Express" Paul Morley, elle devient instatanément, la force émotionnelle qui humanise l’audace électronique du groupe. Avec sa diction précise, aux accents délicieusement germaniques, elle réussit l’exploit de conjuguer froideur dramatique et une étrange sensualité qu’on qualifierait aisément de robotique, C’est un peu grâce à elle et à son timbre envoûtante que les échafaudages electro de Propaganda grimpent vers des sommets inespérésdpénètrent une autre dimension. Même si elle n'y participe pas, le récent "Remix Encounters" (2025) avec l’apport de sorciers de différentes générations comme Moby, Jori Hukkonen et même les vétérans de Tangerine Dream en apportent une preuve supplémentaire chacun à leur manière. Mais c’est la nouvelle chanteuse Thunder Bae qui officie au chant.
Avec ses membres originaux, Ralf Dörper, Michael Mertens et Susanne Freytag, tous bien conscients de leur talents spécifiques, la création artistique chez Propaganda ressemble à une cocotte-minute. Les tensions existent d’emblée et, d’une certaine manière, Claudia les apaise momentanément du moins, par le magnétisme qu’elle dégage.
Le single "Dr. Mabuse" (1984) suivi par l’album "A Secret Wish" (1985), toujours considéré aujourd’hui comme un des sommets d’une pop électronique aventureuse.«Nous étions jeunes, ambitieux, et nous voulions tout réinventer : la structure, les textures, la façon même de faire une chanson pop. Parfois, je me sentais comme la seule présence humaine au milieu d’un laboratoire de machines — et c’était précisément ce qui rendait l’expérience excitante» analysera-t-elle des années plus tard.
Pour essentiel qu’il soit, son rôle ne se limite pourtant pas au chant. Elle apporte également une théâtralité et un soupçon d’humanité parmi les machines. Encore aujourd’hui, elle ne tarit pas d’éloges sur leur producteur de l’époque : «Trevor Horn avait cette capacité à transformer une simple idée en épopée sonore. J’adorais l’énergie du studio : c’était intense, exigeant, mais profondément créatif».
Malgré un succès indéniable, les egos s’entrechoquent et des tensions contractuelles apparaissent également. Brücken quitte donc le navire dès 1986. Et ne participe d’ailleurs pas à la première réunion du groupe qui fait rapidement long feu en 1998.
Elle s’associe d’abord à Thomas Leer pour former Act qui ne sortira qu’un album "Laughter, Tears And Rage" (1988). Son cheminement artistique sera ensuite ponctué de diverses collaborations notamment avec Paul Humphreys (OMD), Jimmy Somerville, Glenn Gregory (Heaven 17), Oceanhead, Andrew Poppy ou aussi pour "Microwaves", un duo inattendu avec l’ex-Telex Michel Moers sur l’album "As Is" (2024). Sans aucune pression et en toute liberté, elle a aussi produit quelques albums solo aux atmosphères feutrées comme "Love: And A Million Other Things" (1991), "Where Else…" (2014) ou "Night Mirror" (2025). Comme elle affirme souvent "n’avoir jamais totalement tourné le dos" à ses premières amours, elle a ainsi participé à une seconde reformation de Propaganda aux alentours de l’an 2000 et à quelques concerts avec la seule Susanne Freytag dans des festivals 80’s sous le nom de xPropaganda avec l’album "The Heart Is Strange" à la clé. Cette escapade leur vaudra d’être une fois de plus excommuniées lorsque Ralf Dörper et Michael Mertens relancent une fois encore le groupe en 2024. Vous le voyez, la vie de Propagande est loin d’être un long fleuve et, au final, seul leur premier album "A Secret Wish" en 1985 incarne l’essence, certes fugace, de leur importance dans le monde de la musique electro.
(Stéphane Soupart - Photo : © Etienne Tordoir)
Photo : Claudia Brücken avec Propaganda à la soirée de lancement du label ZTT à l’Ambassadors Theatre de Londres (Royaume-Uni) en mai 1985






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